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| Webjournal zum Flüchtlingskongress vom 21. April bis 1. Mai in Jena | zurück | back |
Les travailleuses domestiques migrantes font partie intrinsèque de la société européenne ; or, dans de nombreux États, leur dignité, leur intégrité et leurs droits en tant que personnes et travailleuses sont bafoués.
Pour la vie familiale européenne et les systèmes d?aide sociale, si le travail domestique chez les particuliers est essentiel, il n?en est pas moins sous-estimé et invisible. Ce type de travail exige un éventail de compétences variées, souvent assumées par des personnes immigrées en Europe.
Nous exigeons la justice et l?égalité pour toutes les travailleuses domestiques migrantes, qu?elles soient résidantes ou non ; avec ou sans papiers ; de la première ou de la deuxième génération ; qu?elles soient nées en Afrique, en Asie, en Amérique du Sud ou en Europe.
Exigences
Grâce aux expériences des travailleuses domestiques migrantes et de leurs organisations, qui viennent étayer les conclusions précitées, nous sommes parvenus à formuler des exigences à la fin du projet Daphné. Elles doivent encore être débattues en détail par les travailleuses elles-mêmes, mais donnent toutefois des indications quant aux desseins du réseau, à la fin de cette première année d?activités.
Les travailleuses domestiques migrantes doivent bénéficier d?un statut délivré par les autorités de l?immigration, reconnaissant que le travail domestique chez les particuliers est un emploi à part entière. Dans tous les États membres, les travailleuses domestiques migrantes doivent se voir octroyer un permis de travail.
En raison de la nature particulière de la relation professionnelle dans le cadre du travail domestique chez les particuliers, ce statut d?immigrée doit être complètement indépendant de l?employeur.
Les travailleuses domestiques doivent être sous contrat (c?est déjà le cas dans certains États membres), fixant le montant d?un salaire minimum, un nombre maximum d?heures, et précisant ses responsabilités. Ce contrats doit avoir force exécutoire.
Les travailleuses domestiques doivent être représentées par des syndicats.
En raison de la complexité du problème de la relation de travail chez les particuliers, un(e) médiateur(-trice)/tribunal de l?emploi devrait être désigné(e)/créé dans chaque État membre pour traiter les conflits qui opposent les travailleuses domestiques à leurs employeurs.
Dans chaque État membre, il faudrait créer des échanges officiels destinés à présenter les travailleuses et les employeurs, en prenant garde de ne pas instaurer des hiérarchies racistes dans le domaine de l?emploi. Ces mesures devraient aller de pair avec l?élaboration de contrats. Lorsqu?il est prouvé qu?un employeur abuse d?une travailleuse domestique, et enfreint les clauses du contrat, etc., celui-ci devrait se voir interdire l?embauche de personnel domestique.
Tout en insistant sur des actions et des exigences spécifiques, nous devons en outre encourager l?instauration d?un contexte éducatif plus large, qui mettra en exergue la dignité propre au travail domestique ainsi que son importance dans nos vies économique et sociale.
LE BESOIN DE S?ORGANISER ET DE FAIRE CAMPAGNE
Le travail domestique chez les particuliers constitue, avec la prostitution, le principal domaine d?activité des femmes migrantes récemment débarquées dans l?Union européenne. C?est également un secteur d?emploi important pour les migrantes installés dans l?UE et leurs enfants. Le travail domestique est à la fois invisible et crucial pour nos vies sociale et économique. Le réseau RESPECT exige la reconnaissance de la place du travail domestique chez les particuliers, ainsi que des droits des personnes qui l?accomplissent.
Dans l?Union européenne, les problèmes auxquels sont confrontés les travailleuses domestiques sont nombreux et variés : certaines subissent des abus d?ordre physique, sexuel ou psychologique. D?autres sont violées, battues ou enfermées par leur employeur. Il n?est pas rare qu?elles se voient refuser une alimentation convenable, un lit pour dormir, un espace privé. Les journées de travail sont longues, parfois sans aucune pause. Les émoluments sont maigres, voire inexistants pour celles qui, en échange d?une disponibilité permanente, ne reçoivent qu?un logement. A Athènes, par exemple, certains employeurs refusent de tirer la chasse des toilettes sous prétexte que ?c?est le travail de la bonne?.
M., une jeune Erythréenne, a été violée à plusieurs reprises par son employeur ; enceinte, elle a été renvoyée. Elle a accouché dans les rues d?Athènes. Quelques semaines plus tard, alors qu?elle se trouvait toujours sans domicile, l?enfant lui a été arraché par les autorités, elle ignore qui exactement. Lorsque nous l?avons rencontrée, elle souffrait manifestement de troubles mentaux, vivait dans la rue et n?avait toujours pas retrouvé d?emploi.
?Ils ne me laissaient pas utiliser le chauffe-eau de la salle de bain. J?étais obligée de me laver à l?eau froide. Ils m?ont dit que ma porte devait rester ouverte en permanence au cas où les enfants pleureraient, mais les enfants avaient quinze ans ; en plus, la salle de bain destinée aux visiteurs se trouvait juste à côté de ma chambre. J?avais peur.?
?Nous étions trois Philippines ; elle nous a emmenées dans la pièce où se tenaient les invités, a exigé que nous nous agenouillions et nous a giflées chacune à notre tour.?
?Si vous êtes travailleuse résidante, vous n?avez pas le droit de manger. Je recevais un oeuf dur par jour. Si j\'allais dans le réfrigérateur, elle me disait : "Oh non, ne mange pas cela, c?est pour mon fils? ou ?Ma fille aime cela?. Comment voulez-vous manger dans des conditions pareilles ??
?Mes employeurs me demandaient de préparer la salle de bain puis de les aider à se laver. Ensuite, j?étais censée les sécher de la tête aux pieds avec une serviette. Je m?exécutais dans des conditions extrêmement humiliantes et abusives, mais que faire lorsqu?on n?a pas la droit de se plaindre ? Si vous rechignez, vous êtes bombardée d?insultes. De toute ma vie je n?ai jamais subi de traitement semblable, mais à cause de mes enfants, je suis contrainte de le tolérer et de m?en accommoder. Lorsque j?accomplis cette corvée, j?ai l?impression de ne valoir guère plus qu?un animal.?
En 1997, une étude commandée par la DGV de la Commission européenne a révélé que les travailleuses domestiques migrantes dans l?UE se heurtaient aux difficultés suivantes :
- De longues journées de travail, notamment pour les travailleuses résidantes, qui sont parfois tenues de rester ?de garde? 24h/24. Même les travailleuses en règle et sous contrat en Espagne et en Italie se plaignent des employeurs, qui ne respectent ni les termes du contrat, ni le nombre d?heures de travail.
- Un salaire de misère, voire pas de gages du tout tel est le lot de beaucoup d?illégales. Contre leurs services, les employeurs leurs donnent le gîte (en réalité un gîte forcé), lorsqu?elles ne sont pas embauchées ?à l?essai? puis renvoyées sans aucune compensation financière.
- Les employeurs qui refusent de régulariser la situation de leurs domestiques, qu?il s?agisse de leur statut d?immigrée, des taxes, de l?assurance, etc.
- La violence et le harcèlement sexuel.
- L?obligation d?exécuter une charge de travail supplémentaire (pour les amis et relations de l?employeur) sans aucune compensation financière.
- Les travailleuses domestiques qui ont la garde des enfants et des personnes âgées sont en outre tenues d?accomplir toutes les autres corvées domestiques.
- Une relation très personnalisée avec l?employeur.
En outre, les enfants des travailleuses domestiques migrantes sont, eux aussi, confrontés à des problèmes particuliers : leurs mères doivent faire preuve d?une telle flexibilité dans leur travail que souvent, elles sont incapables de répondre aux besoins de ceux-ci. Il n?est pas rare que de jeunes enfants soient abandonnés pendant plusieurs jours d?affilée, avec le minimum de soins.
Les conditions de vie et de travail dépendent en partie du fait que la travailleuse soit résidante ou non. Les travailleuses résidantes accomplissent de longues journées de travail, ne jouissent d?aucune vie privée et ne reçoivent qu?un salaire symbolique. Les conditions peuvent également dépendre du statut légal : celles en situation illégale sont généralement payées moins et travaillent plus (mais c?est aussi en partie parce que les travailleuses sans papiers sont la plupart du temps résidantes). Les salaires varient en fonction du pays d?accueil, du statut légal, et de la nationalité de la travailleuse. Les sans-papiers ne gagnent que 200 drachmes (0,6 euros) de l?heure (Athènes 1995) ou 7 francs (1 euro) de l?heure (France, 1996). En Espagne, leurs gages avoisinnent généralement 800 pesettes de l?heure (4,8 euros), contre 37 francs en France (5,6 euros) et entre 7 et 15 DM (3,5-7,5 euros) en Allemagne.
QUI SONT LES TRAVAILLEUSES DOMESTIQUES MIGRANTES EN EUROPE ?
L?éventail des nationalités des travailleuses domestiques migrantes est large. Les plus visibles sont les Philippines, parce qu?elles sont bien organisées, mais elles ne sont certes pas majoritaires. En France, en Italie et en Espagne, les Marocaines représentent une proportion importante de cette catégorie professionnelle. En Espagne, ce sont les Péruviennes et les Dominicaines. En Grèce et en Italie, les Erythréennes et les Éthiopiennes. Par ailleurs, on compte des communautés importantes et installées depuis longtemps de Polonaises en Grèce, en France en Allemagne et en Espagne. Les femmes d?Europe de l?Est sont de plus en plus nombreuses à passer les frontières pour travailler comme domestiques en Allemagne et en Grèce. Les migrantes de l?île Maurice et du Sri Lanka travaillent le plus souvent chez des particuliers.
Les domestiques migrants sont dans la majorité des cas (mais pas la totalité) des femmes. Dans certains états, on préfère les hommes de nationalités précises - ainsi, à Barcelone, beaucoup de Péruviens se voient confier la garde des personnes âgées. Ces travailleurs sont issus de classes sociales diverses : certains sont hautement qualifiés, d?autres proviennent de familles complètement démunies.
?Dans mon pays, j?ai étudié le droit. Ma patronne l?ignore complètement par exemple, tout comme sa famille d?ailleurs, mais imaginez si elle le savait ! Je lui ai raconté que je n?avais pas été à l?école secondaire, parce que ce qu?elles veulent, c?est la soumission : ne savoir ni lire ni écrire, ne rien connaître, cela veut dire qu?on est davantage soumis, plus servile, qu?on ne sait dire que ?Oui, Senora, oui, senora?. C?est ce type d?humiliation qu?elles veulent.?
?Je travaillais à domicile pour une usine de produits traditionnels. C?était très dur. Parfois, je tissais des couvertures, parfois je cassais des petites pierres pour la construction. Il fallait que je travaille chez moi à cause des enfants? Regardez mes voisins, ils n?ont aucune éducation, pas de chaussures pour aller à l?école : je ne voulais pas cela pour mes enfants. Puis le tremblement de terre a engendré un ralentissement de l?activité économique, et aujourd?hui, il est très difficile de trouver du travail. En plus, les prix ont augmenté. Nous avons dû faire la queue pour obtenir des rations d?aide? Je n?avais pas d?argent de côté. J?ai emprunté pour émigrer. Je risquais gros.?
La majorité des travailleuses domestiques migrantes récemment arrivées en Europe trouvent un emploi de résidante. C?est l?emploi le plus exigeant, car souvent, le travailleur domestique est tenu d?être disponible en permanence pour un enfant, une personne handicapée ou âgée. Ce statut de résidant est très éprouvant émotionnellement et psychologiquement pour le travailleur.
?La première année, j?ai dû m?occuper d?un bébé? l?enfant vous aime comme sa mère? mais la mère est devenue jalouse et j?ai été renvoyée. J?étais si déprimée, vraiment déprimée. Tout ce que je voulais c?était y retourner et voir le bébé. Je ne m?occuperai plus jamais d?un enfant en bas âge, c?est trop douloureux.?
Il n?est pas rare que les travailleuses en règle quittent un emploi de domestique résidant pour établir une relation moins dépendante avec leur employeur, mais cela semble de plus en plus difficile.
LES EXIGENCES DES TRAVAILLEUSES DOMESTIQUES MIGRANTES
Le problème ne se limite pas au nombre sans cesse croissant de ressortissants des pays tiers qui travaillent dans ce secteur : le secteur lui-même connaît une expansion considérable. En janvier 1997, une étude Mintel révèlait qu?au total, la Grande-Bretagne consacrait 4 milliards de livres aux travailleurs domestiques chez les particuliers, soit quatre fois plus qu?il y a dix ans. En France, le fédération des employeurs compte aujourd?hui 900.000 membres. En Allemagne, on estimait qu?en 1996, le nombre d?employeurs se situait entre 700.000 et 1 million. Les travailleuses domestiques représentaient près d?un tiers des permis de travail délivrés par les autorités italiennes en 1995, tandis qu?en Espagne, c?est tout simplement le principal secteur d?activité de femmes. Malgré le désintérêt public et gouvernemental de la Grèce pour le travail domestique, c?est à Athènes que l?on trouve le plus grand nombre de femmes domestiques migrantes.
Que les états le reconnaissent ou non, il existe bel et bien une demande de migrantes pour travailler chez les particuliers, principalement pour s?occuper des enfants et des personnes âgées. Ces vingt dernières années, dans tous les pays d?Europe, on a assisté à la féminisation de la main-d?oeuvre. Les modèles professionnels des femmes sont de plus en plus ?masculinisés? : après le mariage, elles restent sur le marché du travail et le réintègrent peu après la naissance de leurs enfants, alors qu?auparavant, elles quittaient la vie professionnelle après la première naissance pour y revenir, dans le meilleur des cas, quand leurs enfants avaient quitté le foyer familial. La pénurie de gardes d?enfants financés par les services publics pousse la majorité de ces femmes, qui restent sur le marché du travail après la naissance de leur premier enfant, à prendre elles-mêmes des dispositions, quitte à prélever de l?argent sur un salaire déjà imposé.
Mais les enfants ne sont pas les seuls à réclamer des soins. La population européenne vieillit, et de plus en plus de personnes âgées vivent seules. Comme les gens vivent plus longtemps et le plus souvent seuls, on constate l?existence d?un ?déficit de soins?. Souvent, malgré la proximité de membres de la famille, ces personnes ne peuvent accomplir les tâches domestiques élémentaires, ni fournir l?assistance physique nécessaire. Ce déficit ne fera que s?accentuer : d?après un rapport publié par la Commission européenne en mars 1996, l?Europe est sur le point de connaître un glissement démographique massif, assorti d?une augmentation de 50 % du nombre des plus de 60 ans dans les trente prochaines années, et d?une baisse de 11 % de la population des moins de vingt ans. Les soins à long terme restent orientés vers la famille : bref, au sein des familles, les personnes à charge dépendent des femmes.
Partant, le besoin de services de soins pour les personnes âgées se fait de plus pressant, autant à cause du vieillissement de la population que des politiques de protection sociale, qui coupent les vivres aux services publics. Cette situation coïncide avec le moment où, comme nous l?avons souligné pour la garde des enfants, les femmes au foyer sont de moins en moins nombreuses, où l?échec conjugal et la mobilité géographique rendent les obligations ?familiales? - à compter qu?elles aient jamais existé - de plus en plus difficiles à remplir. Le changement des structures familiales et de retrait de l?aide d?état signifient que les familles, et notamment les femmes en leur sein, éprouvent de plus en plus de difficultés à assumer les travaux élémentaires que requiert l?existence d?une cellule familiale. Cette situation est imputable à l?arrivée des femmes sur le marché du travail, ainsi qu?à d?autres changements profonds dans les relations entre les générations : les grands-parents ne sont souvent pas suffisamment proches des enfants pour que ces derniers s?en occupent, ni que les premiers puissent assurer la garde des petits-enfants.
Dans la mesure où les citoyennes sont de moins en moins capables ou désireuses d?assumer la garde non rémunérée des personnes âgées, des jeunes et des handicapés, ce sont des femmes migrantes qui, individuellement et en lieu et place de ?l?état providence?, comblent ce déficit. En effet, il est de plus en plus fréquent que ces mêmes avantages sociaux qui constituent un droit des citoyens dépendent du travail de travailleuses domestiques migrantes ; en l?absence d?une refonte radicale de l?organisation des économies européennes et des systèmes de sécurité sociale, on ne peut espérer un renversement de la situation. Si les travailleuses domestiques continuent à entrer de cette manière irrégulière, si on leur refuse tout droit en raison de leur statut d?immigrées, les abus et l?exploitation, monnaie courante en Europe, ne cesseront de se multiplier.
ACTIVITES DU PROJET
Le projet s?articulait autour de trois séminaires transnationaux, qui devaient faciliter le partage et l?échange de savoir-faire et de bonnes pratiques au niveau de l?organisation et de l?aide aux travailleuses domestiques.
Séminaire 1 : Londres, Royaume-Uni, 31 janvier - 2 février 1998
Voilà plus de dix ans que le Royaume-Uni organise des campagnes en faveur des droits des travailleuses domestiques migrantes, qui bénéficient d?une solide organisation dans ce pays. Le séminaire a mis l?accent sur le partage d?expériences au niveau de l?organisation et de la gestion des campagnes. C?était le premier groupe d?activités : nous souhaitions trouver un terrain d?entente, en savoir plus et tirer des leçons des expériences d?autrui, à la fois au niveau individuel et organisationnel.
Le séminaire
?Je suis arrivée du Nigeria en Angleterre. On m?a dit que je serai payée 100 livres par mois et que cet argent serait versé sur mon compte, dans mon pays. Mon employeur a pris mon passeport. Sa femme m?a dit que je ne pouvais pas dormir chez eux, il a donc fallu trouver un autre logement, sans chauffage, et je n?avais aucun vêtement chaud. Je devais m?occuper des petits-enfants. Je n?ai jamais été payée. J?ai dû mendier pour subvenir à mes besoins les plus élémentaires. J?étais complètement isolée. Parfois, je ne recevais qu?une tasse de thé sur toute la journée. Je n?avais droit à aucun temps libre, pas même pour me rendre à l?église. J?ai découvert que mes employeurs m?avaient réservé un billet pour le Nigeria et n?avaient jamais rien versé sur mon compte. C?est un homme que j?ai rencontré dans la rue qui m?est venu en aide et m?a parlé de Kalayaan. A présent, j?ai trouvé du travail et je suis heureuse.?
Les difficultés rencontrées par les travailleuses domestiques migrantes ont été identifiées comme suit :
- beaucoup sont traumatisées par des abus physiques, sexuels et psychologiques ;
- le nombre d?heures de travail est excessif contre un maigre salaire, parfois sans le moindre jour de congé ;
- le statut d?immigrée : beaucoup sont sans papiers ou liées juridiquement à leur employeur ;
- l?ignorance de leurs droits ;
- un manque d?estime de soi ;
- un mauvais état de santé ou pas d?accès aux soins.
Si certaines difficultés prédominent dans différents pays de l?Union européenne, dans l?ensemble, on peut dire que les mêmes tendances s?appliquent quel que soit l?État concerné.
Par ailleurs, l?organisation des travailleuses domestiques rencontre, elle aussi, des obstacles particuliers, le premier étant l?aspect financier : ces groupes agissent avec des moyens extrêmement limités, notamment ceux composés de travailleuses domestiques, qui ne bénéficient d?aucune ressource. Souvent, les travailleuses domestiques ne disposent que de très peu de temps libre, voire pas du tout, aussi l?organisation du secteur se révèle-t-elle très difficile. Certaines pays se distinguent en outre par le manque d?unité entre les organisations de travailleuses migrantes, le manque d?expérience et les difficultés à se faire entendre des instances politiques.
Toutefois, les travailleuses domestiques migrantes peuvent s?organiser. C?est ce qui est ressorti de la présentation de Gemma S., Présidente de Waling-Waling, l?organisation de travailleuses domestiques migrantes fondée à Londres en 1985. Waling-Waling est une association indépendante qui collabore étroitement avec Kalayaan, CFMW et Transport and General Workers Union (TGWU). Elle organise des événements pour la collecte de fonds ainsi que des formations dans des domaines divers, depuis l?anglais jusqu?au droit de l?immigration, en passant par l?informatique. Toutes les nationalités de travailleuses domestiques migrantes sont les bienvenues : ces dernières y trouveront un soutien pratique, quel que soit le problème concerné. Avec Kalayaan et TGWU, Waling-Waling fait campagne pour l?octroi d?un statut légal aux travailleuses domestiques migrantes.
Le message formulé lors de ce séminaire au Royaume-Uni était donc clair : l?importance et le potentiel d?auto-organisation et de responsabilisation des travailleuses domestiques migrantes, appuyés par les campagnes des organisations qui combinent les actions politiques et de lobbying avec une assistance pratique.
Séminaire 2 : Bruxelles, Belgique, les 25 et 26 juin 1998
Le séminaire de Bruxelles a contribué à informer les députés et les responsables de l?UE de la situation des travailleuses domestiques migrantes. Il coïncidait avec le Forum Social, organisé par la DGV pour les ONG, les syndicats et les commissaires parlementaires, qui visait à faire avancer le débat européen sur l?avenir de la politique sociale. Le Forum Social a offert la possibilité de présenter l?importance des travailleuses domestiques migrantes en tant que problème social aux principaux représentants des institutions européennes et des ONG dans les différents États membres.
Le séminaire
Le séminaire a permis d?aborder le problème de la structure et de la fonction du réseau. Les principales fonctions du réseau ont donc été fixées :
- le partage d?informations quant aux lois affectant les travailleuses domestiques migrantes dans les différents pays de l?UE ;
- le partage d?expériences des activités pratiques en cours, l?aide à l?échange d?informations entre les différents groupes nationaux ;
- le partage des ressources ;
- un travail commun autour des activités conjointes ;
- la formulation des exigences de la plate-forme européenne.
Le réseau a été baptisé RESPECT :
R ights (Droits)
E quality (Egalité)
S olidarity (Solidarité)
P ower (Pouvoir)
E Europe (Europe)
C o-operation (Coopération)
T oday (Aujourd\'hui)
Le réseau européen des travailleuses domestiques migrantes.
Séminaire 3 : Athènes, Grèce, les 3 et 4 octobre 1998
On sait aujourd?hui que parmi les pays de l?Union, c?est en Grèce que le problème des travailleuses domestiques migrantes est le plus préoccupant : elles n?y jouissent de presque aucune protection juridique et sont victimes de nombreux abus et de violence. Kasapi, une organisation de migrantes philippines, est installée à Athènes et défend les droits des migrantes illégales. Elle est en bons termes avec les syndicats et certains députés.
Le séminaire
Le séminaire a principalement porté sur le partage d?expériences en matière de régularisation. La situation du Royaume-Uni et de la Grèce a été mise en exergue.
La régularisation en Grèce
Toutes les travailleuses migrantes qui sont entrées en Grèce avant novembre 1997 sont éligibles à la régularisation. La procédure comporte deux étapes : premièrement, les travailleuses reçoivent un permis de travail temporaire (date-limite : 31 octobre 1998), puis une carte de séjour et de travail (date-limite : 31 décembre 1998). A cet effet, de nombreux documents sont exigés (ex. : certificat médical, attestation de la police) ; la corruption, la bureaucratie et l?ignorance des responsables retardent, voire freinent les travailleuses dans leurs démarches. Par conséquent, nombre d?entre elles tombent entre les mains d?agences corrompues, qui leurs délivrent de faux documents ; ce qui se solde par une expulsion immédiate sur présentation aux autorités. Pour celles qui travaillent chez des particuliers, ces documents sont très difficiles à obtenir ; par ailleurs, les longues journées de travail les empêchent de faire les démarches nécessaires auprès des autorités, de passer les contrôles médicaux, etc. En outre, les travailleuses dépendent de leurs employeurs pour se faire enregistrer, payer des impôts sur leurs revenus ainsi que leur sécurité sociale pendant 40 jours.
Kasapi, d?autres organisations de migrantes et les syndicats font pression pour une extension des délais et la simplification du système bureaucratique, complexe et lent. Une conférence de presse qui s?est déroulée après le séminaire a permis de publier une déclaration en faveur de l?extension des délais à la régularisation imposés en Grèce.
ASPECTS ANALYTIQUES
Le partage d?expériences aux niveaux à la fois individuel et organisationnel, allié à l?apport des syndicats, des groupes de migrantes et autres, nous ont permis de dégager trois causes fondamentales aux difficultés particulières auxquelles se heurtent les travailleuses domestiques migrantes :
- rémunéré ou non, le travail domestique est sous-estimé, méprisé et considéré comme sans importance ;
- le statut d?immigration : la travailleuse n?est pas en règle ou dépend de son employeur ;
- le travail domestique n?est pas considéré comme un véritable emploi : il est donc soumis à un régime discriminatoire, voire exclus des régimes de travail.
RESPECT - le travail domestique
Le travail domestique présente la particularité non seulement de se dérouler au sein des foyers, mais encore d?être le type de travail le plus important qui soit : la garde des enfants, des malades, des personnes âgées, est la plus fondamentale de toutes les tâches humaines. Porter des vêtements propres, vivre dans un foyer entretenu, manger dans des assiettes propres nous donnent notre dignité humaine (faire la lessive n?est pas indispensable à la survie, ce n?est sans doute pas une activité ?productive?, mais c?est un élément important de notre équilibre d?êtres humains). C?est le travail domestique qui nous distingue des animaux. Or, celui-ci est mal considéré, sale, réservé aux personnes sans qualifications. Il n?est pas respecté.
La nécessité d?un statut d?immigration
En général, les femmes domestiques migrantes qui entrent dans l?UE ne sont soit pas en règle aux yeux des autorités de l?immigration, soit dépendantes de leur employeur. Dans les pays où il est possible d?immigrer en tant que domestique, c?est-à-dire en Espagne et en Italie, ces travailleuses sont juridiquement liées à leur employeur. C?est ce dernier qui devra introduire la demande de permis de travail, prouver qu?ils disposent de revenus pour payer leur domestique, qu?ils peuvent la loger, etc. Une travailleuse domestique est d?abord une domestique, et c?est pour cette raison que sa présence est tolérée. C?est également l?employeur qui renouvelle le permis de travail : en cas de problème personnel avec la travailleuse, l?employeur peut tout simplement refuser de renouveler le permis, ne laissant à la femme domestique migrante d?autre solution que de quitter le pays.
La dépendance officielle par rapport à l?employeur a des conséquences particulières pour la femme domestique migrante : en effet, c?est la nature même de l?emploi qui détermine le statut et la relation avec l?employeur. Les femmes domestiques résidantes dépendent de leur employeur du point de vue du logement et de la nourriture. La dépendance juridique de la travailleuse dans un État européen donné dote l?employeur d?un contrôle direct sur tous les aspects de l?existence de celle-ci. La présence physique en Europe est une faveur personnelle qui dépend totalement du bon vouloir de l?employeur : celui-ci peut, sur un coup de tête, décider de ne pas renouveler le permis de travail. A la différence de l?expulsion par l?état, la travailleuse se trouve dans l?impossibilité de faire appel de cette expulsion par procuration. La présence des domestiques migrantes n?est tolérée par l?état qu?aussi longtemps qu?elle est souhaitée par les employeurs. Le statut des travailleuses domestiques migrantes aux yeux des autorités de l?immigration renforce donc les différences de statuts et la relation d?oppression et d?exploitation, en les sanctionnant et en affaiblissant encore leur position. La relation des travailleuses domestiques migrantes avec l?état passe par la personne qui les domine.
Mahesh Kumari Rai a quitté son village de montagne au Népal à l?âge de treize ans, pour fuir un mariage forcé. Elle a quitté Katmandou, où elle tissait des tapis, pour New Delhi, où elle a trouvé un poste de domestique. Elle a suivi ses employeurs à Londres, où on lui promettait une vie facile et bien payée, et une chance d?éducation. La réalité s?est révélée tout autre : de longues journée de travail, l?incarcération, pas de salaire, pas d?éducation et des abus physiques et psychologiques permanents. Deux ans plus tard, elle s?est échappée et, avec l?aide d?un centre juridique, elle a traîné ses anciens employeurs devant les tribunaux en réclamant des dommages et intérêts, ainsi que le paiement de son salaire. Mahesh a reçu 1.349 livres, l?équivalent de 13 livres par semaine. Pendant ses deux années de service, ses employeurs avaient négligé de mettre son visa en règle, elle risquait donc l?expulsion. En avril 1991, la police l?arrête, et en août 1992, Mahesh est expulsée au Népal, où elle n?a plus ni famille ni amis, ayant quitté son pays depuis plus de quinze ans. Elle a été soutenue par une grande campagne, qui a rallié vingt-cinq députés, plusieurs pairs et d?autres personnalités, le cardinal Hume et des organisations comme Kalayaan et Anti-Slavery International, mais cela n?a pas suffit pour la protéger de l?expulsion. Il n?est guère surprenant que la plupart des femmes dans sa position évitent d?attirer l?attention des autorités publiques en revendiquant leurs droits.
Dans toutes les villes de l?UE visitées, que le pays délivre ou non des permis de travail, le nombre de travailleuses domestiques sans papiers est considérable. Les restrictions en matière d?immigration n?endiguent pas le flot continu, et dès que les travailleuses migrantes ont pénétré dans un pays, seule une minorité sont expulsées. A la différence des travailleuses domestiques non déclarées (citoyennes ou non), ne pas être en règle ne sert jamais les intérêts des travailleuses. Vulnérables, elles ne peuvent demander des soins lorsqu?elles sont malades, doivent continuer à travailler ou redoutent de perdre non seulement leurs gages mais aussi leur toit, alors que leur état de santé est une conséquence directe de leur travail. Elles vivent dans une crainte et une insécurité constantes, qui entrave les relations personnelles, même si elles ont l?occasion de se faire des amis. En cas de violation de leurs droits, elles sont sans recours, puisque toute plainte auprès des autorités les expose à la prison. En tant que femmes, elles sont en outre confrontées au problème de la grossesse, qui entraîne souvent la perte de leur emploi ; elles n?ont droit à aucune aide de l?état pendant leur grossesse et à la naissance. Leurs enfants n?ont souvent eux non plus pas droit aux soins de santé et à l?éducation. L?irrégularité de sa situation signifie non pas que la domestique dépend de son employeur, mais que celui-ci jouit d?une emprise directe sur elle : il peut simplement la dénoncer et la faire expulser en cas d?insatisfaction, voire pour éviter de payer ses gages. A noter que bien que vivre et travailler chez des particuliers la place constamment sous l?autorité de son employeur, cette situation la protège également contre l?état ; donc, tant que l?état ne peut la protéger contre les abus, il ne l?expulse pas non plus. Toutefois, l?illégalité signifie que les travailleuses domestiques, exerçant déjà une activité non reconnue, nécessiteuses et considérées comme des victimes, dépendent de la bienveillance et de la charité des personnes qui ont la bonté de s?intéresser à elles.
Reconnaître le travail domestique comme un travail à part entière.
Le travail domestique rémunéré chez les particuliers n?est pas reconnu comme un ?vrai travail?. Souvent, il est explicitement exclus de la législation en matière de protection de l?emploi et, lorsqu?il est pris en considération (c?est le cas en Espagne), il est soumis à un régime discriminatoire. On a tenté de le ?professionnaliser?, notamment en France. Il semblerait que cette initiative joue en faveur des deux parties : l?employeur est certain de louer les services d?une travailleuse expérimentée et compétente, tandis que celle-ci est respectée et peut choisir d?exercer cette profession, au lieu de la considérer comme un pis-aller. Mais cela soulève également beaucoup de questions importantes, principalement liées au fait que les professionnelles reviennent très cher !
La grande majorité des travailleuses domestiques ne jouissent pas de compétences officielles dans leur domaine. Celles qui occupent le bas de la hiérarchie sont tenues de tout faire : en réalité, elles assument les responsabilités les plus importantes, car il est rare que l?employeur supervise leurs travaux. Les professionnelles coûtent très cher : non seulement leurs gages sont plus élevés que ceux des non-professionnelles, mais encore elles sont souvent déclarées, ce qui veut dire que leur employeur doit payer des taxes, une assurance nationale, etc., ainsi qu?une indemnité lorsqu?elles sont malades. Les professionnelles sont aussi moins ?flexibles?. Par exemple, une personne qui emploie une garde professionnelle ne doit pas s?attendre à ce que celle-ci fasse le ménage, et devra sans doute louer les services d?une aide ménagère en plus. En revanche, une travailleuse domestique non professionnelle combinera la garde et le ménage, qui en réalité font partie des activités ménagères quotidiennes. Pour la moyenne des familles, les services d?une domestique professionnelle sont hors de prix, qui plus est lorsqu?il s?agit d?assurer la garde d?un enfant ou d?une personne âgée. Or, ce secteur est en expansion. Alors que les citoyennes peuvent profiter de l?expérience et de la professionnalisation pour mieux gagner leur vie et occuper des emplois reconnus, les migrantes continuent à combler le déficit là où il se fait sentir. La professionnalisation du travail domestique s?arrête là où il ?blanchit? : ?Nous accomplissons toutes sortes de tâches ménagères, à la différence des Européennes, comme les Anglaises qui viennent ici. Si on leur demande de garder des enfants, elles se contentent de faire du baby-sitting, et pas question de laver l?assiette dans laquelle elles auront mangé : elles sont même incapables de laver une cuillère !?
D?autre part, cette relation professionnelle personnalisée signifie que les rôles sont flous : ceci joue surtout à l?avantage de l?employeur, qui peut traiter la travailleuse comme une ?amie? ou comme une ?employée?, à son gré. Le travail domestique doit impérativement être reconnu comme une activité professionnelle à part entière, un travail contractuel entre l?employeur et l?employée, moyennant une vie raisonnable et sans danger, ainsi que la protection des conditions de travail. La facilité ou la difficulté à changer d?employeur joue un rôle déterminant au niveau des conditions que les travailleuses sont prêtes à endurer. Si trouver un autre emploi s?avère trop difficile, les travailleuses, notamment lorsque leur poste va de pair avec le logement et la nourriture, sont contraintes de supporter exploitations et abus.
FUTURES ACTIVITES
Nous avons franchi les étapes fondamentales de l?établissement d?un réseau européen des travailleuses domestiques migrantes. Les trois séminaires transnationaux ont réuni les travailleuses domestiques et les associations qui les soutiennent ; ils nous ont permis de faire pression sur les décideurs au niveau national comme européen. Par ailleurs, nous avons pu tirer parti de nos expériences respectives, notamment au niveau de la mise en oeuvre des programmes de régularisation et des difficultés propres à la situation des domestiques migrantes travaillant chez des particuliers.
Outre les séminaires, nous avons publié deux lettres circulaires ainsi qu?une brochure informant les travailleuses domestiques migrantes de l?existence du réseau RESPECT.
Le projet 1998/99 s?est révélé très instructif : la création d?un réseau européen n?est pas une mince affaire. Nous avons compris l?importance de structures claires et des lignes de communication, des rôles et des responsabilités bien définis, des buts et des objectifs.
Le projet 1998/99
L?année à venir devrait mettre le réseau RESPECT en contact avec toutes les travailleuses domestiques migrantes en Europe. Le prochain projet devrait permettre d?atteindre cet objectif grâce à la production de matériel pratique et au renforcement des campagnes et des organisations au niveau national.
Le projet 1998/99 se fonde sur sept séminaires nationaux dans différents États membres, plus un séminaire transnational au Royaume-Uni. Les séminaires nationaux informeront les travailleuses et l?opinion publique des conditions et des droits des travailleuses domestiques migrantes dans l?UE, indiqueront où demander de l?aide ou une assistance pour revendiquer ces droits. Ils contribueront également à informer les travailleuses de l?existence du réseau RESPECT.
Sur la base du matériel et des discussions des séminaires, RESPECT rédigera une charte des droits, qui appuiera les exigences de notre campagne européenne. En outre, le réseau publiera un manuel à l?intention des travailleuses domestiques, les informant de leurs droits, et réunissant des conseils pratiques concernant l?emploi, le logement, etc.
La réussite de ces propositions et de ces activités dépendra de l?engagement des travailleuses domestiques elles-mêmes, à tous les niveaux.
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