G8 : Des villages auto-geres, federes,
dans chaque ville et tous les ans !
mardi 10 juin 2003 : http://bellaciao.org/article.php3?id_article=1612

Proposition de reconduire les expériences autogestionnaires acquises et de fédérer les luttes libertaires.

Je viens de rentrer sur Bordeaux et je tenais a laisser un petit temoignage de mon sejour dans ce village auto-géré au VAAAG.

Tout d'abord, malgré la répréssion policière à Genève et Lauzane, malgré l'intox médiatique du Parti de la Presse et de l' Argent , le mouvement libertaire prend quand même considérablement de l'ampleur . Un tounant important s'impose à lui aujourd'hui. Peut-être est -il l'heure à l'anarchisme de reprendre son rôle historique ?

Le nombre de libertaires ne cesse d'augmenter. Le PPA ,bien obligé, commence à réemployer récemment les mots "libertaire" ,"anarchiste","anarcho-syndicalime" bannis du dictionnaire ou détournés jusqu' à présent(anarchisme=chaos).

Le mouvement libertaire s'est imposé dimanche par le nombre de manifestants anarchistes partant d' Annemasse au point que le Monde du mardi 3 juin diffuse une photo, en haut de page, du cortège libertaire avec drapeau noir et A entourré. Il annonce : "...c'est surtout l'importance du bloc rouge et noir -celui des anarchistes- qui a fait la spécificité du défilé sur le tronçon français. Ce cortège contre les saigneurs du G8 s'est avéré être l'un des plus imposants de la manifestation. Quelque 5000 personnes ont ainsi défilé en son sein, scandant "le capitalisme, c'est la guerre" ou "unité, action, auto-gestion". Réunis au sein d'une coordination créée pour l' occasion - la CLAAC G8 ou Convergence des luttes anti-autoritaires et anti-capitalistes contre le G8 - les différents courants libertaires ( Alternative Libertaire, Fédération Anarchiste, réseau No Pasaran, OCL,CNT), qui ont pour la première fois de leur histoire participé à une structure commune, estimaient à cette occasion avoir réussi une action politique majeure..."

Ensuite la Convergence des Luttes Anti-Autoritaires et Anti-Capitalistes a prouvé que les divers mouvements libertaires étaient capables de travailler ensemble et que "converger" n' était pas le synonyme de "centraliser".

Mais surtout, je pense que c'est l'expérience du village auto-géré et anti-capitaliste qui porte en elle un grand espoir pour les mouvements libertaires. Elle constitue un bien meilleur outil de propagande que les tracts, affiches, autocollants ou que les forums organisés à l'occasion.

En effet, le terme même de propagande, est en désaccord avec la philosophie anarchiste. On ne convainct pas à l' anarchisme, on devient anarchiste en le vivant, en l'expérimentant par soi même . Voila ce qu'a permis le village à des milliers d'individus. Un grand nombre de personnes ont découvert la portée de l' anarchisme en participant à la vie du village. Des personnes qui, avant la création du village, étaient complètement étrangères au monde libertaire et qui portaient en elles de gros préjugés . J' ai pu, par exemple, rencontrer des menbres d' ATTAC complètement séduits par l'auto-gestion et qui se questionnaient radicalement sur la structure de leur association ; ou encore des habitants des quartiers populaires qui hallucinaient sur le concept du prix libre. Ils ont tous pu constater que le village était extrèmement organisé par rapport à d'autres villages non auto-gérés ; ces derniers ressemblants plus à des campings qu'à des espaces de vie communautaire.

Respectant le principe "liberté comme base, égalité comme moyen et fraternité comme but", le VAAAG & la CLAAAC ont permis, grace à la participativité des "villageois", des conditions de vie trés agréables et complètement expérimentales, des débats riches, et des rencontres d'individus de sensibilités différentes. Le village était extrèmement organisé. Bien obligé si on voulait qu'il réponde au principe d'autogestion. Tout ceci a permis de jetter aux oubliettes le bon vieux stéréotype issu de la propagande savamment entretenue depuis des années : "l'anarchisme c'est le chaos".

Le fait de "participer" a beaucoup séduit. Je pense que l'individu ne demande que cela mais ne sait plus le faire, étant aliéné par la société de consommation. L'individu "spectateur" est devenu complétement passif et isoler dans "la société du spectacle". Il ne sait plus s'organiser collectivement (l'Etat et le capitalisme s'en charge à sa place). Il n'a plus de représentation directe du monde qui l'entourre ( médias et Education Nationale en sont devenus les propriétaires). De plus, la société oeuvre de tout son possible pour cacher, dissimuler, falsifier l'Histoire collective. Privé de son passé et de ses repères culturels, déresponsabilisé et complètement "spectateur" de toute sa vie ; il ne reste à l'individu que la fuite en avant perpétuelle dans un présent monotone. Une fuite savamment controlée, domestiquée et dirigée par toutes les sphères du pouvoir.

Ce village a fait bien plus que rassembler des luttes anti-capitalistes et anti-étatique. Il a permis la prise de conscience de cette nouvelle aliénation paralysante qu'engendre la religion du "fétichisme de la marchandise". Il a mis en lumière un apperçu de la révolution culturelle qu' engendrerait l'auto-gestion à l'echelle de la société. Ce village agissait comme une gigantesque "situation" permettant à l'individu de réapprendre à participer et, en conséquence, lui permettant de s'émanciper. C'est en cela que j'ai été le plus impressionné.

Bien-sûr cette expérience a rencontré de nombreux obstacles sur divers points comme par exemples : le manque de relais d'informations à l'intérieur et à l'extérieur du village ; l'attitude de certains "villageois" au comportement sexiste ; des AG spontanées à 300 avec prises de parole (donc prise de pouvoir) par les plus imposants et donc privilégiant la forme du débat au contenu...etc...

Tous ces éléments perturbateurs ne sont pas des points négatifs ou des échecs mais des points à améliorer. Car en fin de compte, ils ont tous comme cause le manque de temps. L'anarchisme, pronant l'éducation plutôt que l'endoctrinement, a toujours eu besoin de temps. Une semaine, même deux, c'est bien trop court pour qu'un village de 3000 personnes s' auto-gestionne et puisse exploiter au maximum toutes les possibilités qui s'offrent à lui. Une expérience, sur plusieurs mois et régulière d'année en année, permettrait de régler quantité de problèmes. De plus, certains changements culturels commenceraient à s'observer. Les "villageois" seraient amenés à participer d'avantage et à se rendre compte de certaines dominations inconscientes retrouvées par exemple dans les relations homme-femme ou encore lors de débats stérils en AG à cause de conflits de personnalités. De plus et surtout, le fait d'inscrire cette expérience sur une longue période permettrait plus de rencontres, plus de communication, une meilleure coordination des orgas et individus et à l'arrivée elle engendrerait des luttes plus efficaces, plus pertinentes et plus durables.

CETTE EXPERIENCE EST A REFAIRE ABSOLUMENT EN DEHORS DES CONTRE SOMMETS EN S'APPUYANT SUR TOUTES LES EXPERIENCES DEJA REALISEES ( SQUATT ET VILLAGES AUTOGERES) ! POURQUOI NE PAS LE FAIRE A L'ECHELLE LOCALE SUR PLUSIEURS VILLES EN FRANCE ET LE FEDERER A L'ECHELLE NATIONALE OU INTERNATIONALE ?

Les premiers villages pourraient voir le jour au printemps à la campagne, en périphérie des villes. Ils se fédéreraient et prépareraient une convergence des luttes à l'automne prochain lors des rentrées scolaires en Septembre. Cela tout en élaborant la vie de village et en faisant une vraie éducation populaire à l'autogestion. Des expériences reconduites d'années en années et qui s'enrichiraient par elles-mêmes. Une nouvelle forme de propagande verrait le jour ainsi que de formidables plateformes de coordination libertaire : médias alternatifs, organismes libertaires, réseaux anarcho-féministes, écologistes, individus et associations diverses...

Les habitants des quartiers populaires, ne partant pas en vacance l'été, pourraient participer à une telle aventure en organisant des connexions entre le village et la cité. Ceci avait déjà été réalisé avec la caravane "justice en banlieue" lors du campement auto-géré "no-border" à Strasbourg, l'été dernier.

Il serait important avant tout cela qu'une plateforme "aprés VAAAG" se mette en place sur internet afin que tous les participants de ce village puisse échanger, analyser et faire perdurer cette expérience. Cela permettrait en outre de se coordonner avec tous les individus qui se sont déjà organisés autour de projets de squatts et camps autogérés en France et à l'étranger.

N'étant pas le seul à germer toutes ces idées, j'aimerais bien pouvoir en débattre.

Mes amitiés libertaires, Le terrible de bordeaux

Mon adresse : le_t_rible(AT)hotmail.com

Publié par: Le terrible de bordeaux
mardi 10 juin 2003


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