LA VIOLENCE - A la place des Volontaires, la longue nuit de la provoc (02/06/2003)
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Photo Laurent Guiraud

Après la casse, les manifestants se sont repliés sur l'Usine, assiégée par la police.

ANTOINE GROSJEAN

Suite à leur tournée éclair dans les Rues-Basses, en Vieille-Ville ainsi qu'à Plainpalais, les casseurs, quelques dizaines au plus, sont retournés à l'Usine peu après minuit. A la place des Volontaires, ils se débarrassent rapidement de leurs cagoules, foulards et masques, avant de se fondre dans les quelques centaines de personnes venues assister à un concert de reggae. Les gendarmes genevois en "tenue de combat", bouclent alors le périmètre de l'Usine pour empêcher toute fuite. Des cordons de policiers casqués prennent position dans les rues adjacentes à la place des Volontaires et sur la passerelle du barrage du Seujet. Le piège est prêt à se refermer.

Vue de l'extérieur, la place donne l'impression d'un camp retranché. En réalité, l'ambiance n'y est pas si tendue. Sur la terrasse du café faisant face à l'Usine, les badauds sirotent leur bière, en contemplant la scène. Tout est arrivé si vite que tout le monde n'a pas encore réalisé ce qui se passe. La foule saisit la situation à mesure que la nouvelle des émeutes se répand, et aussi en apercevant les cordons policiers qui l'enserrent. Certains esprits s'échauffent quelque peu, excités par les gyrophares et la présence de camions antiémeutes munis de canons à eau.

Dans un no man's land

Evitant de répondre aux provocations de quelques jeunes gens enhardis par l'effet de masse, les gendarmes restent à bonne distance. Des habitants de la rue de la Coulouvrenière, plutôt jeunes, les prennent à partie de leurs fenêtres, alors qu'une sono diffuse l'hymne contestataire de Pink Floyd, Another brick in the wall. Environ une demi-heure s'écoule comme cela, une sorte de no man's land séparant les occupants de la place et les forces de l'ordre. Puis vers minuit et demie, celles-ci se retirent, sous les applaudissements et les huées.

Vers une heure et demie du matin, les pompiers interviennent à la rue du Tir pour un début d'incendie sur une palissade de chantier. Certains pompiers ayant été pris à partie au centre-ville, des cordons de policiers encerclent à nouveau l'Usine pour assurer leur protection. Entre-temps, des membres du Conseil d'Etat et du Conseil administratif sont venus dans le quartier constater les dégâts. Sur la place des Volontaires, les commentaires vont bon train, mêlant l'effarement et l'indignation: "Ils ne sont pas d'ici, ils cassent n'importe quoi, sans distinction!", peut-on entendre. Mais encore: "C'est la faute aux Allemands!"

Bagarre générale

Parmi la population bigarrée qui noircit la place, difficile de distinguer les casseurs des fêtards à quelques exceptions près tant ils se font discrets. Dans ces conditions, on imagine les dégâts que pourrait faire une charge policière. Bien que la plupart des personnes présentes aient l'air pacifiques, la tension monte. Par ailleurs, la présence de la presse n'est visiblement pas appréciée de tous. Les policiers ne tentent aucune action, mais cela n'empêche pas les provocations de redoubler. Un responsable de l'Usine essaie de s'interposer et engueule vertement quelques jeunes qui lancent des bouteilles sur les gendarmes: "C'est notre quartier, nous on bosse ici, alors arrêtez vos conneries! Si vous voulez casser, allez à la manif de dimanche!"

Les policiers se retirent définitivement vers 2h15, une fois de plus sous les huées triomphantes de la foule. Mais la tension ne retombe pas pour autant. Après les discussions enflammées sur les événements de la soirée, des altercations éclatent çà et là. Certains (frustrés de n'avoir pu en découdre avec la police?) semblent chercher la bagarre. Tout à coup, des battes de base-ball surgies de nulle part s'entrechoquent et volent en tous sens dans ce qui ressemble à un début de bagarre générale.

Course poursuite

Beaucoup plus grave, à quatre heures du matin, alors que le calme est revenu et que les fêtards boivent un dernier verre, une ou plusieurs personnes jaillissent du quai des Forces-Motrices pour lancer trois cocktails molotov sur un groupe d'altermondialistes étrangers qui dorment à même le sol. Une jeune femme prend feu et ne doit sa survie qu'à la prompte réaction de ses voisins. Une course poursuite s'engage, en vain. C'est tant mieux, serait-on tenté de dire. Car si les coupables avaient été rattrapés, leur sort aurait été vite réglé.


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