Genève joue à se faire peur
Paru le : 31 mai 2003 http://www.lecourrier.ch/Selection/sel2003_440.htm

PHILIPPE CHEVALIER

Toute la ville semblait hier dans l'attente des frères Dalton: magasins « coffrés » de panneaux de chantiers, employés mis au repos forcé, réserves de sang constituées, hélicoptères et paniers à salade patrouillant dans les airs et sur terre. Il allait y avoir du sport! Mais on était paré. Toute la ville s'était refermée sur elle-même, comme une huître. Le syndrome du « G-huître », comme l'a écrit quelqu'un sur les palissades jaunes d'une banque. Mais les bandits de grand chemin, les mythiques « Blacks Blocks » et autres voyous n'étaient pas au rendez-vous. Pas plus que la déferlante de manifestants pacifiques, pour lesquels une énorme infrastructure a été mise en place. Le chaos cent fois annoncé, qui devait empêcher le facteur de faire sa tournée et la ménagère de s'approvisionner ne s'est pas produit.

Du coup, certains sont presque un peu déçus. Pour une fois qu'il se passe quelque chose dans notre petite ville, si tranquille et si sûre. On nous prive d'un spectacle et du frisson qui nous était dû! D'autres plus perfides n'attendent que les débordements pour justifier leur intolérance vis-à-vis de toute manifestation populaire.

Certes, rien n'est joué avant dimanche, jour de la manifestation principale. Il y aura du monde, pas les centaines de milliers évoqués ici et là, chiffre imprudemment répété tour à tour par les autorités et les médias pour des raisons qui leur sont propres. Mais il y aura foule et parmi elle, eh oui, quelques casseurs occasionnant quelques dégâts matériels. Au risque de jouer les Cassandre, on peut parier que ce ne sera pas l'émeute, ni le Far West. Côté manifestants, on a désormais acquis une certaine expérience de ces méga rassemblements. De nombreux appels à l'action non violente ont été lancés et la préparation semble avoir été prise au sérieux. Quant aux autorités, après avoir toléré quelques « dérapages » de la cheffe du département de justice et police, Micheline Spoerri, elles ont également pris des mesures pour calmer le jeu, notamment en soignant l'accueil des manifestants. Espérons juste que le danger ne vienne pas, paradoxalement, des palissades en bois. Car, comme le rappelle le Lapalisse de service, « le bois ça brûle ».


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